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The Librarian : des pixels à la bibliothèque

Comme promis, voici un premier jeu vidéo que je me fait un plaisir de vous présenter, l'ayant tout juste fini ce soir. Il traînait dans mon Lutris depuis quelques mois et je n'avais pas encore pris le temps de l'essayer... Quelle erreur !

"Something's wrong in the Library"... Telle est la phrase énigmatique qui ouvre The Librarian, un jeu d'aventure court. Par court, j'entends environ trente minutes pour le finir. C'est peu mais il faut contextualiser.

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(Image Octavi Navarro/itch.io)

Quelque chose ne va pas à la bibliothèque et c'est vous qui êtes chargé d'aller voir quoi. En pleine nuit, vous êtes surprise dans votre chambre par un puissant coup de vent. Une chouette est porteuse du terrible message, il est temps de partir... Ainsi commence l'aventure de The Librarian, un jeu pointe-et-clique en 2D dans la grande tradition du pixel art, réalisé par Octavi Navarro, un artiste espagnol. Ses oeuvres numériques en pixels s'exposent sur son site et c'est un plaisir de découvrir la richesse de son imaginaire émerger en carrés pastels...

Dans l'esprit des classiques de LucasArt, Navarro propose un jeu plutôt simple mais empreint d'une réelle poésie soulignée par une musique délicate et une mise en scène efficace. On traverse les décors, intrigué et fasciné par un univers de dark fantasy onirique où se croisent monstre nocturne, livres, statues, cadavres, fantôme et bien d'autres suprises inquiétantes et surprenantes. Les quelques textes en anglais sont facilement compréhensibles, la prise en main est immédiate.
Octavi navarro parvient à nous plonger dans son univers de pixels baroques et de mystères silencieux. Chapeau l'artiste !

Le jeu fonctionne sans installation ; nativement sous Windows et macOS, et sous Linux avec WINE. Il est téléchargeable gratuitement sur itch.io. Une solution en PDF est également disponible pour le cas où vous seriez bloqué !

Jouer sous Linux

Oui, c'est possible !

Dans mon précédent (et premier) article de blog, j'ai dressé un rapide état des lieux de mon usage de l'informatique et des changements à venir. J'ai mentionné notamment le fait que je joue sous Linux (j'en profite pour éjecter le vocable "GNU/Linux", plus juste mais abscons pour le grand public). Bon, on est loin de l'argument low tech, mais si je fais des efforts sur tout le reste...

Il y a un running gag qui court chez les non-linuxiens : on ne peut pas jouer sous Linux ! Ce à quoi je réponds "FAUX" (comme un certain youtubeur à succès...) : on peut y jouer des heures, des jours, des nuits, on peut faire du FPS, de la stratégie, de la plateforme, du RPG, de la simulation, de la course... Je continue ?

Alors, certes, pas mal de titres existants sous Windows ne sont pas et ne seront jamais disponibles sous Linux parce que celui-ci est plus ou moins crédité de 2 % de part de marché sur les ordinateurs (un chiffre tout relatif dont je reparlerai), mais suffisamment concret pour les éditeurs : trop de coût de développement pour trop peu de joueurs, ce n'est pas rentable...
Pourtant, développer et faire fonctionner des jeux sous Linux n'est pas excessivement compliqué, les outils existent. Tout au plus a-t-on des pilotes de matériel (carte graphique, etc.) à la ramasse, et encore ça change... L'avantage principal de Windows est sa popularité insolente depuis des décennies : on joue depuis si longtemps sous Windows qu'on n'imagine plus qu'on puisse faire autrement ! (J'ouvre une parenthèse : je parle ici de jeux sous Linux, sous-entendu sur ordinateur. D'un point de vue du nombre de joueurs, il y a bien plus de joueurs sur console et sur ordiphone — sur ce dernier point, Android est basé sur Linux... mais arrêtons les digressions.)
Linux est donc le parent pauvre, mais il n'est pas tout seul : macOS est à peine mieux loti.

On notera fort à propos que le jeu est un produit d'appel, il est donc intéressant d'en faire un argument de migration informatique vers Linux, par exemple en sachant qu'on pourra y jouer à The Witcher 3: Wild Hunt...

Différents type de jeux

Dans la suite de cet article, je vais faire part de mon expérience sous Solus avec un ordinateur de bureau moyennement puissant, sans carte graphique dédiée. Le constat étant posé, comment peut-on jouer sous Linux ? On va essayer de classer un peu tout ça.
Au départ, j'avais pris en compte les différents types de licences des jeux existants, mais ça sera certainement l'objet d'autres articles. Ce qui intéresse avant tout les joueurs, c'est de savoir si un jeu va fonctionner, qu'il soit libre ou non. Je me suis donc focalisé sur l'aspect technique :

  • les jeux natifs sont conçus pour fonctionner sous Linux ; ils peuvent s'installer et se lancer sans difficuté particulière et sans outil supplémentaire ;

  • les jeux pour Windows ne sont, de base, pas faits pour être utilisés sous Linux mais des outils très pratiques permettent de contourner ce problème ;

  • les autres jeux sont jouables grâce à des émulateurs ; ils en existe pour le retrogaming et pour les consoles.

Mon expérience

L'immense majorité des jeux vidéo pour ordinateurs étant devéloppés pour Windows, on va voir que plusieurs acteurs tentent de les faire fonctionner sous Linux, avec des bonnes et des mauvaises surprises. En ce qui concerne les émulateurs, la plupart sont très performants. Voici différents logiciels que j'utilise régulièrement et qui me simplifient grandement la vie.

Lutris

Le premier est Lutris, une plateforme libre de gestion de jeux. C'est un outil très pratique qui associe les fonctions classiques d'une bibliothèque avec un ensemble de fonctions et de scripts pour faciliter l'installation et l'usage de nombreux jeux non-Linux.
Lutris est une plateforme idéale pour le retrogaming et le jeu console, puisqu'il intègre de nombreux émulateurs. On regrettera que certains manquent un peu d'ergonomie... Côté jeux Windows, Lutris s'appuie sur WINE. WINE Is Not an Emulator mais un interpréteur de commandes Windows pour Linux. En gros, un programme qui convertit en langage Linux du langage Windows, permettant ainsi de lancer des logiciels pour Windows ailleurs que sur le système de Microsoft. Ca fonctionne plus ou moins bien...

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Depuis la fenêtre principale ou sur le site de Lutris, vous pouvez effectuer une recherche et voir si un jeu est supporté ; le cas échéant, un script permet de lancer l'installation. Dans ce cas, il faut disposer des ROMs ou des fichiers originaux. Si daventure un jeu n'est pas référencé dans Lutris, on pourra toujours l'installer manuellement.

D'autre part, en temps que bibliothèque de jeux, Lutris peut importer les jeux installés sur votre ordinateur en natif, via Steam (voir ci-dessous), GOG, Uplay, Origin ou d'autres plateformes, et même créer des succès vers des jeux web. Ce logiciel est suffisamment riche de fonctionnalités pour satisfaire la plupart des joueurs.

Steam

Faut-il présenter Steam ? Tout joueur sur ordinateur connaît cette plateforme devenu centrale, voire monopolistique, dans le jeu vidéo. Tout passe par un logiciel privateur qui propose de nombreuses fonctions comme l'achat de jeux, la egstion de sa bibliothèque, le clavardage, le jeu en réseau...

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La force de Steam, c'est son énorme catalogue de jeux, probablement le plus vaste du marché. Les développeurs du service oeuvrent également à démocratiser le jeu linuxien en incitant les éditeurs à proposer des versions Linux et en développant Proton, un interpréteur dérivé de WINE. Le site collaboratif ProtonDB, indépendant de Steam, permet de savoir si un jeu fonctionne.

Steam est en position dominante mais ses quelques concurrents sont soit à la traîne en terme d'offre pour Linux (GOG), soit complètement centrés sur Windows (Epic Store). Ca reste une excellente plateforme pour jouer sous Linux. A noter qu'il faut un compte, même pour les jeux gratuits.

PlayOnLinux

On ne saurait parler de jeux Windows sous Linux sans aborder PlayOnLinux, un logiciel conçu comme une interface agréable pour installer des jeux (et d'autres applications) avec WINE.

Concernant les jeux, PlayOnLinux s'appuie sur un WINE configuré pour chaque jeu supporté. Il suffit de créer une "boîte" avec la version de WINE que l'on souhaite (interpréter Windows XP en 32 bits par exemple) et d'y lancer l'installeur du jeu. Comme pour Lutris, il faut posséder les fichiers originaux.
PlayOnLinux sera utile si on se limite à quelques jeux Windows. Si le projet WINE bénéficie des améliorations apportés à Proton, ce dernier semble le mieux équipé pour lancer avec succès des jeux Windows sous Linux.

A noter que PlayOnLinux a un équivalent pour macOS fort logiquement appelé... PlayOnMac !

Le match ?

Il n'y a pas de match : Lutris, Steam et PlayOnLinux se complètent. Steam, un outil certes privateur, permet l'accès à un vaste catalogue de jeux variés, récents ou anciens, gratuits ou payants. Si vous êtes un gros joueur, vous apprécierez de pouvoir l'utiliser avec des limitations aléatoires. Lutris, un outil libre, permet l'accès à des jeux non Windows, notamment retro ; sa partie bibliothèque permet de créer un media center très intéressant. Quant à PlayOnLinux, il facilite l'accès aux jeux Windows sans dépendre de Steam ou d'un logiciel plus lourd.
Côté disponibilité, PlayOnLinux et Lutris se trouvent dans les dépôts d'application de la plupart les distributions. Steam est intégré dans certaines d'entre elles ; à défaut, un paquet Debian est disponible sur le site et il existe un Flatpak. Sous Solus, j'utilise les trois sans difficulté.

Je rappelle que les dépôts des distributions intègrent de nombreux jeux libres et natifs. Il y a plus de deux ans, j'ai écrit un article sur le sujet. Plus tout à fait à jour mais des pistes...

En conclusion

J'aurais pu parler de ./play.it, un ensemble de scripts pour simplifier l'installation de jeux Windows mais je ne l'utilise pas ou peu. J'aurais aussi pu citer des émulateurs mais la plupart se retrouvent dans Lutris, je vous renvoie plus haut.

Cette diversité montre le dynamisme des codeurs et la variété des solutions proposées pour permettre au plus grand nombre de joeur sous Linux. Si on est amateur de jeux AAA, de sorties récentes, il faudra se tourner vers Windows ou vers une console et s'éviter les désagréments s'une conversion hasardeuse. En revanche, pour les milliers de titres existants depuis les origines du jeu vidéo, Linux fait parfaitement l'affaire.
Je termine sur un bémol : si les jeux Windows peuvent fonctionner sous Linux, le risque est de voir les éditeurs délaisser ce système, laissant la communauté faire le travail le plus pénible. Un jeu natif sera donc toujours préférable et son utilisation incitera les développeurs à poursuivre leurs efforts vers le manchot...

Par la suite, je vous présenterai certains jeux que j'apprécie.