Ma seconde vie numérique

Bienvenue chez moi. Encore un blog, un de plus. Oui, mais j'espère bien que quelques lecteurs et lectrices viendront y faire un tour pour puiser quelques idées ou réflexions. Je causerai essentiellement numérique libre, ouvert, durable, parfois d'autres sujets.

Et comme il faut bien commencer quelque part, je me dis que je suis à une étape de mes vies : ma vie IRL et ma vie numérique. Ce matin, je me suis dit : "ta seconde vie numérique commence quand tu te rends compte de la futilité de la première".

Oui, cette phrase vaguement référentielle représente assez bien ma perception du numérique depuis quelques temps et en particulier depuis ces jours-ci. D'une part à la lecture de cet article d'Usbek & Rica, une présentation du mouvement low tech, et d'autre part la très forte probabilité que je change mon téléphone dans les prochaines semaines pour un modèle sous le système d'exploitation /e/.

En apparence, rien de commun, mais ce qui n'était qu'une réflexion dans un coin de mon cerveau devient peu à peu prééminente. Avant de poursuivre, je précise que je ne suis pas informaticien au sens large : ni développeur, ni web designer, ni graphiste, ni administrateur, ni quoi que ce soit en lien avec les métiers du numérique. Je suis bibliothécaire. Mais bien avant de l'être, j'ai été intéressé par les différents aspects du numérique : d'abord s'amuser avec (les jeux, sur Amstrad) puis créer (écrire, griffonner sous Paint), puis consulter (Internet), et ainsi de suite. Je me suis intéressé au logiciel libre puis à la culture libre, et aujourd'hui à l'éducation aux médias (à mort les intox), à la protection de la vie privée et à la réduction de l'empreinte écologique du numérique.

Je ne suis pas non plus technicien, je n'ai bricolé aucun serveur alimenté par l'énergie solaire, et j'ai toujours un smartphone gourmand en énergie, aux côtés d'un vieux PC de bureau.
Justement, parlons-en de ce PC et de ce smartphone. Le premier est une bête sans marque modifiée au fil des ans pour ne pas tout changer, juste ce qu'il faut. Elle fonctionne très bien sous Solus, le Linux que j'installe chez tout le monde, je peux même jouer dessus (sans trop en attendre côté 3D mais entre Steam, Lutris et les dépôts locaux, il y a le choix). Jusqu'à peu, mes fichiers personnels, nombreux, étaient synchronisé dans le cloud (un mot laid que j'utilise par commodité), à raison d'environ 250 Go de données précieusement conservées par Cozy. Objectif : accès immédiat et sauvegarde, parce que comme tout le monde, je ne fais pas assez de vrais sauvegardes régulières. C'est mal.

Avant Cozy, j'ai utilisé hubiC d'OVH, une offre gigantesque mais un logiciel désastreux sous Linux. J'ai abandonné et je crois qu'OVH aussi a abandonné. Avant encore, j'avais testé brièvement ownCloud via OpenMailBox quand ce dernier n'était pas encore une arnaque... Bref, j'ai un peu tâté, sans chercher trop loin, en tenant toutefois compte de mes vélléités d'outils ouverts, sécurisés et respectueux de l'utilisateur comme Cozy. Mais voilà : l'application Cozy plante sur mon PC. C'est une AppImage (c'est sûrement mal aussi), et je n'ai pas la patience, le temps, la compréhension de savoir pourquoi ça ne synchronise plus et ça se ferme au bout d'un moment. J'ai essayé des trucs mais ça me saoûle. On peut me rétorquer que sous Windows, ça marche mieux, mais Windows, je l'ai abandonné depuis longtemps, c'est juste une sorte de cadeau du Schtroumpf farceur, un truc joli qui te pète en pleine poire de plusieurs manières (vie privée, instabilité, complexité, monopole, choisis tes mentions).

Donc, me voilà avec un Cozy qui ne fonctionne plus. A côté de ça, j'ai un smartphone Archos. Oui, une marque française cheap et que je soutenais par volonté patriote (même si fabriqué en Chine : mais après tout, Archos paie ses impôts en France). Mais Archos, ce n'est pas mis à jour, ce n'est pas réparable, ça finit donc en déchet électronique polluant. C'est enquiquinant. Dans la famille, on a fait un défi zéro déchet et on essaie désormais d'acheter de l'occasion, du reconditionné, etc. C'est bien, c'est gratifiant, c'est utile, ça favorise l'économie circulaire. C'est très cool. L'appareil photo du smartphone ne fonctionne plus, la batterie commence à peiner, le réseau téléphone me semble parfois en coma éthylique, et des petites faiblesses par-ci par-là m'ont incité à changer avant qu'il ne lâche complètement et que je ne puisse plus rien en tirer.

Ca fait un moment que je lorgne chez /e/, un projet pas si dingue de proposer un Android dégooglisé, ouvert, libre et... fonctionnel. Ca paraît un peu idiot de préciser mais LineageOS et d'autres ROMs alternatives ne sont pas forcément dégooglisées ou libres, quant à Replicant, c'est un peu comme GNU/Hurd : une belle note d'intention. On peut être libriste, soucieux de sa vie privée, de l'état du monde face aux GAFAM, mais ne pas vivre dans l'obscurantisme du numérique. On peut vouloir juste un truc qui marche. Donc /e/ se pose là, avec un système issu de LineageOS mais travaillé pour rester le plus libre possible. Gaël Duval, derrière le projet, a autrefois créé Mandrake Linux devenue Mandriva (aujourd'hui Mageia ou OpenMandriva, choisissez) qui était un Ubuntu avant l'heure, le succès public en moins.
Le projet /e/, c'est une ROM installable sur de nombreux smartphones mais également la vente de smartphones pré-installés et surtout... reconditionnés. Vous voyez où je veux en venir ? Mais quel rapport avec le cloud et le vieux PC et la low tech ? Tout ça pour quoi ? Cette note de blog est interminable... Si vous êtes toujours là, continuons.

En vue de l'acquisition d'un téléphone sous /e/ (un joli Samsung réparable et solide), je me suis créé un compte sur le site d'/e/ pour bénéficier des futurs services de l'appareil dont un mail/cloud via Nextcloud. Nextcloud, j'ai suivi de loin, ç'est pas mal, puissant, modulaire et vraiment multi-plateforme. Cozy, c'est chouette, français, ambitieux, mais un peu avare en fonctionnalités et en support pratique. Dommage.

Donc, via Nextcloud je peux stocker des fichiers, synchroniser mes contacts, mes agendas, mes notes sur Solus et Android, bientôt sous /e/. C'est bien. Je peux donc utiliser un nouveau stockage de... de... 5 Go ?! Vous avez bien lu, et vous avez bien lu plus haut, j'ai environ 250 Go stockés chez Cozy. Même avec un put*in d'algorithme de compression, je ne parviendrai pas à passer de 250 à 5 sans amputations sauvages !
Comment procéder ? La low tech entre en jeu. Pas techniquement, mais philosophiquement. La notion de dégraisser ses usages, de dégraisser le web, de revenir à l'essentiel me plaît. Un défi. En temps qu'auteur amateur et animateur d'ateliers d'écriture à la médiathèque, on n'est jamais mieux loti et créatif que dans la contrainte. Limiter les possibilités appelle à les dépasser, à contourner les problèmes. J'ai donc décidé de faire un gros, très gros tri dans mes fichiers et de décider ce qui doit servir quand et où. En premier lieu, je pourrai abandonner tout cloud, ça serait mieux. En vrai, c'est quand même utile pour certains usages. Donc, lister lesquels. Quels fichiers restent dans le cloud ?
Puis, ce qui doit être sauvegardé sur des disques externes. Et ce qui doit être synchronisé via Syncthing avec ma femme, sur mon smartphone, etc.

Evidemment, les photos vont être dupliquées en local (disques durs internes, externes...). Mes textes vont aller dans le cloud. Pas question de les perdre. Il y a deux ou trois ans, j'ai déjà quasiment tout passé d'OpenDocument au Markdown, donc en fichier texte. Ca ne prend pas trop de place mais c'est beaucoup de contenu depuis des décennies. La musique, ça restera en local et un peu de synchro sur téléphone. Les documents administratifs partagés avec ma femme. Tout ce qui concerne les loisirs (jeux, blog...) ça sera au cas par cas.
L'idée est donc de profiter de plusieurs outils pour en remplacer un seul : Nextcloud à 5 Go, Syncthing, supports externes... Ce n'est que le début de ma seconde vie numérique et elle s'annonce très intéressante.

Une prochaine fois, je vous parlerai de la refonte de mon site web principal consacré à H.P. Lovecraft, où j'ai décidé de passer d'un ancien wiki + forum à un site statique, avec un enjeu low tech.

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